Revoir Paris

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[Cinéma] – Public averti – De Alice Winocour

Avec Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin
1h 45min / Drame

Synopsis et critique : Utopia

Si Revoir Paris, le film cathartique d’Alice Winocour, laisse à ce point muet de saisissement, il le doit à la finesse de son écriture, à la maîtrise de sa mise en scène et à la pertinence de son point de vue. Mais disons le d’emblée, il le doit aussi en grande part à la prestation de Virginie Efira, de tous les plans, qui livre là une interprétation magnétique, impressionnante. Sobre, précise, elle incarne Mia, traductrice de son état, qui par un enchaînement de hasards d’une grande banalité, comme seule la vie est capable de les scénariser, s’est retrouvée un soir d’orage coincée dans une brasserie parisienne où elle n’avait aucune raison de se trouver, prise au cœur d’un événement qui n’aurait jamais dû s’y produire. Un groupe d’hommes armés qui font irruption dans la salle du restaurant, une fusillade de quelques minutes qui durent une éternité ; et une somme de gestes, de réflexes, d’attitudes, de rencontres et de hasards encore, de miracles pourquoi pas, qui font que Mia survit au massacre. Et puis, à partir de là, le black-out. Virginie Efira ne « joue » pas Mia. Meurtrie, blessée lors de l’assaut, physiquement réparée depuis, elle promène son regard changé sur le monde – lequel, contre toute attente, continue imperturbablement de tourner.

En choisissant de chroniquer factuellement, longtemps après le drame, le ressac du traumatisme, Alice Winocour trouve le ton juste, ni trop sec, ni trop émotionnel. Elle évacue le spectaculaire pour se concentrer sur le long et lent travail de mémoire de Mia. La séquence initiale de l’attentat, nécessaire, indispensable, est d’autant plus forte qu’elle n’en montre rien d’autre que ce qu’en perçoit – et tentera de s’en souvenir – son héroïne, filmée au ras du sol où elle a plongé. Courte et brutale, la violence est intelligemment laissée hors-champ, seulement suggérée par les cris, les bruits des rafales de mitraillettes, l’essentiel étant de faire ressentir l’effroi, l’irrémédiable basculement, la perte de repères et rendre perceptible le réflexe vital de chacun, qui mène qui à l’amnésie, qui à l’affabulation… Toutes sensations, tous sentiments qui défilent et se lisent sur le visage de l’actrice.

Avec dureté, avec incompréhension, refusant de se considérer comme une victime, Mia est simplement un peu plus consciente désormais de la fragilité de son existence, consciente également de la grande injustice qui l’a faite rescapée. Elle scrute et élague sans états d’âme les branches molles de sa vie – sa relation de couple par exemple, routinière, sans aspérités, et tant pis pour les dégâts collatéraux de ce ménage salutaire. Elle reste dans un premier temps fermement décidée à laisser dans les limbes les fragments de souvenirs qui se sont d’eux-mêmes dissous de sa mémoire. Il faut encore un petit coup de pouce du hasard – repasser incidemment devant la brasserie – pour enclencher réellement le processus. Échanger, raconter, découvrir en elle un besoin qui se fait chaque jour plus impérieux de reconstituer le puzzle des événements. Et pour cela retrouver la trace de ses compagnons d’infortune, anonymes, porteurs des fragments manquants. En filigrane, Alice Winocour dresse le portrait de la société française, ses bourgeois, ses petites gens, ses exclus, ses travailleurs précaires, sans papiers et sans droits… tout un chacun peut se retrouver pour une raison ou pour une autre dans une salle de concert, dans un stade de foot, dans un restaurant. Tout un chacun peut être concerné, touché, la société ne se morcelle pas si facilement. Mia tombe peu à peu son masque d’impassibilité et, gagnée par l’urgence, finit par faire du traumatisme collectif une affaire personnelle. À pied, à moto, elle se lance dans une course effrénée après les témoins dans les rues de la capitale, le vent s’engouffre dans son blouson et ses cheveux. Pour se reconstruire, et, enfin, s’apaiser, recommencer à rire, danser, aimer. « Le vent se lève. Il faut tenter de vivre ».

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