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[Cinéma] – VOST (AR) – De Mariano Cohn et Gastón Duprat

Avec Penélope Cruz, Antonio Banderas, Oscar Martinez
1h 54min / Comédie

+ J’aime le vin et les calins – 2021/FR/5mn (court métrage précédant le film)

Synopsis et critique : Utopia

Au crépuscule de sa carrière et au sommet de sa réussite entrepreneuriale, un milliardaire se retourne avec scepticisme sur son existence et constate qu’il ne restera pas grand chose de son passage sur terre quand il ne sera plus. L’argent, le pouvoir, les demeures ostentatoire, certes. Les courtisans et leurs courbettes, bien sûr. Mais rien qui marquera l’histoire de son sceau. Le voilà qui réfléchit… L’art ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est par l’art qu’il laissera une trace, c’est grâce à l’art que l’on se souviendra de lui. Et qu’importe s’il n’y connaît rien, s’il n’a jamais ouvert un livre, encore moins visité une exposition ou ressenti le moindre intérêt pour le cinéma. Il a l’essentiel : le pognon, le fric, le flouze. Grâce à sa fortune, il peut s’inventer une nouvelle carrière : producteur de cinéma. Pour frapper un grand coup, il choisit l’adaptation d’un best-seller (acheté à prix d’or et bien entendu pas lu), puis s’entoure d’une cinéaste en vogue, sulfureuse, adulée par les critiques, et des deux « meilleurs comédiens » du moment : Ivan Torres et Felix Rivero.
Il va même jusqu’à prêter sa fondation (un bloc ultra moderne de verre et de béton, aussi glacial qu’un dirigeant du cac 40) pour le travail de préparation et s’offrira bien sûr le privilège de s’inviter, en toute discrétion, aux répétitions.

Justement, parlons-en des répétitions. Lola Cuevas (Penelope Cruz en rousse incendiaire) est une artiste exigeante, intraitable sur la préparation de son film. Elle dirige d’une main de fer ce qu’elle considère comme étant les fondations de son œuvre. Laquelle sera grandiose, elle en est intimement convaincue. Ses comédiens quant à eux sont plus dubitatifs sur sa direction d’acteur et sur les techniques de préparation qu’elle leur impose… A quoi bon tout ce cirque, ces exercices d’introspection, ces face-à-face conceptuels ? Ils sont des comédiens professionnels, non ?
Justement, parlons-en des comédiens. Tout les oppose et disons-le clairement : ils se détestent. Félix (Antonia Banderas) est une superstar internationale, habituée des grosses productions à succès, le genre à faire de la pub pour des petites capsules de café en aluminium, à soigner ses abdos et son style vestimentaire, à rouler en Porsche et à se pavaner aux bras d’une bombe bien balancée, si possible mannequin de profession. Ivan (Oscar Martinez), lui, vient du milieu plus confidentiel du théâââtre, il ne s’encombre pas de ces choses superflues que sont les apparences, la notoriété, les prix d’interprétation, il est fidèle en amour et marié depuis de longues années avec une auteure de livres pour enfants à la beauté tout intérieure. Le soir, dans leur vieux canapé, ils écoutent de la musique concrète et s’extasient comme il se doit, au moment où il se doit.
Deux carrières antinomiques, deux écoles artistiques, deux cartes du monde et surtout deux egos surdimensionnés vont s’affronter, sous l’œil à la fois aiguisé, féministe, militant et souvent exaspéré de Lola Cuevas – qui n’a rien à leur envier côté hypertrophie du moi. La bataille va être saignante… et pour nous, spectateurs, assez jubilatoire.

Comédie cinglante sur le monde du cinéma et plus généralement de la création, sur ses tics de langage, ses codes abscons, son arrogance et sa superficialité, Compétition officielle est aussi, bien sûr, un excellent film de cinéma : sens du rythme et du montage, équilibre parfaitement dosé entre humour et cynisme, drame et farce, fiction et réalité. Et trois comédiens qui s’en donnent visiblement à cœur joie, maitrisant à la perfection l’art du second degré.

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