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[Cinéma] – VOST (GB) – De Aleem Khan

Avec Joanna Scanlan, Nathalie Richard, Nasser Memarzia
1h 29min / Drame

+ Chet’s Romance – 1988/FR/9min (court métrage précédant le film)

Synopsis et critique : Utopia

De ce film aussi limpide que splendide, c’est d’abord une figure de femme qui émerge, magnifiquement interprétée par Joanna Scanlan. Qu’elle est belle Mary ! Pas de cette beauté classique, filiforme, dont on nous bassine à longueur de magazines et de mannequinat, loin de ces standards inaccessibles qui emprisonnent nos neurones. Elle a de ces rondeurs assassines, impressionnantes de force et de fragilité mêlées. De la civilisation de son mari, elle a épousé jusqu’à ses formes. Elle est née anglaise, elle est désormais plus pakistanaise dans ses mœurs, sa manière de cuisiner, de s’habiller, de réfléchir que bien des Pakistanaises de la nouvelle génération. Elle avait 14 ans, Ahmed fut son premier amour, il l’attendit, elle l’attendit, ce capitaine au long cours… Pour lui elle se rebaptisa Fahima, l’épousa ainsi que sa religion musulmane… Ils ne se quittèrent plus. Jusqu’à ce jour brutal où la camarde vint frapper prématurément…

Nous attrapons Mary/Fahima en pleine chute, au moment de la perte irréparable… Au moment où tout pourrait basculer, où pourrait se produire une crise identitaire. Sans Ahmed, n’est-elle pas une semi-étrangère dans cette communauté qui parle ourdou et prie en arabe ? Certes, elle la connait par cœur, mais quel avenir y a-t-elle ? Qu’est-ce qui la retient donc de faire un pas en arrière vers ses racines originelles ? Mais les événements vont faire qu’elle n’aura même pas le temps de se poser ces questions. Si de longues et heureuses années de mariage furent épargnées par le doute, le voilà qui s’invite à la porte. Il suffira d’une carte d’identité (au nom de Geneviève) trouvée dans le portefeuille d’Ahmed, de messages non équivoques laissés par une certaine G (comme le point !) pour que la suspicion s’immisce dans la tête de notre veuve… Mais qui est donc cette Française vivant à Calais, de l’autre côté de la mer, pile en face de Douvres ? Seulement 34 petits kilomètres pour séparer deux existences, pour dissimuler une double vie. Qui était véritablement Amhed ? Connait-on vraiment ceux qu’on aime ? Loin de réagir comme on pourrait s’y attendre dans pareil cas, notre quinquagénaire, gourmande de la vie comme des délicieux currys qu’elle prépare, désormais plus Mary que Fahima (quoi que…), prend un billet de ferry pour aller rencontrer sa supposée rivale. Une fois face à elle, ne sachant que lui dire, elle va s’incruster dans sa vie en profitant d’un quiproquo fort à propos, y voyant une manière de découvrir le jardin secret de celui dont les mensonges – et la cruelle absence – ne l’empêchent pas de continuer à l’aimer…

Cette belle histoire d’amour n’est qu’un fil d’Ariane qui nous guide vers une quête plus complexe, celle de l’appartenance, de l’identité double, les interrogations des protagonistes faisant écho à celles du réalisateur/scénariste, dont c’est le premier film : « Je suis Anglais et Pakistanais, ce qui signifie que j’ai grandi entre deux cultures ; par ailleurs, étant musulman et homosexuel, j’ai dû longtemps mener deux vies séparées. ». Aleem Khan nous livre un récit rempli de compassion, de tendresse, ciselé avec une rare finesse, simple en apparence, complexe en filigrane. Une parabole sur la perte, les pertes, la reconstruction, qui s’éclairera par touches légères, de la même façon que sa propre vie a pris un nouvel éclairage en écrivant ce scénario cathartique qui n’a pourtant rien d’autobiographique. After love n’en reste pas moins le résultat de 6 ans de réflexions, celles d’un homme qui est allé explorer au plus profond de ses racines et de ses déracinements, de ses propres louvoiements entre deux civilisations… C’est sans doute ce qui donne au récit sa véracité brute et subtile, sa justesse de ton rare et poignante. Et la mise en scène réserve aussi des trouvailles d’une grand force, comme lorsqu’elle suggère que la vie de Mary se fissure à l’instar de ces falaises de craie immaculée qui s’effondrent parfois dans la mer. Délicate allégorie d’un univers mental qui s’effrite. Il neige des poussières ouateuses et adamantines qu’elle seule peut voir. Le blanc est d’une perfection qui n’est définitivement pas de ce monde, la couleur du silence, du deuil, de la mort, d’une fin qui annonce les prémices d’un renouveau. Comme si de cette érosion fatale devait naitre une forme de beauté inaltérable.

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