Perdrix

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[Cinéma] VF – Tout public – Film de Erwan Le Duc

Avec Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant
Genre Comédie
Nationalité Français
Date de sortie 14 août 2019 (1h 39min)

Synopsis et critique :
Ça débute par une (petite) vadrouille. Perdue au milieu des Vosges profondes, Juliette Webb se fait voler sa voiture. Mais pas par n’importe qui : par une voleuse toute nue dont on apprendra plus tard qu’elle est une « nudiste révolutionnaire » ! Dans sa bagnole, Juliette transportait toute sa vie, notamment de précieux carnets dans lesquels elle archive son quotidien, jour après jour. Évidemment il s’agit d’une perte incommensurable. Assez en tout cas pour la pousser déposer plainte à la gendarmerie locale.
Pierre Perdrix, le capitaine en charge de sa déposition, est foudroyé par cette personne si différente de toutes celles qu’il connaît. D’ailleurs, même s’il paraît bien trop sage, trop rigoureux et sans doute trop engoncé dans ses principes de vieux garçon trentenaire, le gendarme attire également Juliette…

À première vue, Perdrix pourrait se ranger sagement du côté de la comédie absurde et amoureuse qui fait florès ces dernières années dans le cinéma français. L’ombre de Bertrand Blier plane aussi sur certains dialogues et quelques situations décalées. Le rythme du film détonne, puisqu’il joue beaucoup de ruptures brusques déstabilisant notre perception des événements. Les personnages ont des caractéristiques burlesques qui participent à la construction d’un monde fantaisiste : une petite fille fondue de ping-pong, un frère biologiste spécialisé dans l’étude des vers de terre, une mère animatrice depuis son garage d’une émission de radio style Macha Béranger… que plus personne n’écoute. Mais derrière la fantaisie, il y a avant tout beaucoup d’amour. Il suffit d’écouter la tirade radiophonique de Fanny Ardant – veuve joyeuse inconsolable – dès la première scène du film pour s’en convaincre. Au fur et à mesure que le film avance, on rentre facilement dans cet univers très volontairement décalé mais ce qui reste et prend le devant de l’écran, c’est la touchante attraction entre ces deux individus que tout oppose.
Le livre préféré de Perdrix est le Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Juliette est l’étrangère Robinson, il est son Vendredi, la personne qui va lui faire découvrir l’île sur laquelle elle a échoué. Cet îlot, c’est la maison familiale, une cellule claustrophobe où tous les Perdrix dépendent de Pierre depuis la mort de son père. Un espace où chacun existe sans vraiment s’épanouir, jusqu’à l’irruption de l’ouragan Juliette. Elle aussi est confuse, dérivant sur les routes avec sa voiture comme un marin ivre. Perdrix lui offrira un point d’ancrage, et c’est à nouveau via l’écriture sur un nouveau carnet (le numéro 248) qu’elle saura s’installer dans cette nouvelle vie.
Sur le coin d’un mur où toute la famille renseigne la croissance des uns et des autres au fil des années, elle trace au stylo une marque indiquant sa taille. Par ce geste, elle habite les lieux. Pour se mesurer, elle se sert d’un livre qu’elle pose au sommet de son crâne : un exemplaire de Robinson Crusoé, offert à Perdrix par son père. À l’intérieur, une dédicace : « À l’aventure mon fils ! ». Ça n’a l’air de rien, mais ça dit finalement beaucoup du projet de comédie amoureuse défendu bec et ongle par Erwan Le Duc… qui tente une synthèse entre le Wes Anderson de La Famille Tenenbaum et la comédie sauce nouvelle vague à la Jacques Rozier, pimentée d’une touche de non sense britannique et d’une décharge de rage punk.

Mais revenons à Pierre Perdrix. Il aura fallu trente ans pour que l’officier gendarme à la routine ronronnante suive l’injonction de son père et choisisse enfin l’aventure. Sans perte ni fracas, Perdrix raconte en creux l’histoire de cette éclosion tardive sur le terrain glissant de l’absurde… (d’après W. Orr, So Film)