Nos soleils

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[Cinéma] – VOST (ES) – De Carla Simón

Avec Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Xenia Roset
2h 00min / Drame

+ 15 août – 2022/FR/2mn (court métrage précédant le film)

Synopsis et critique : lepolyester.com

Depuis des générations, les Solé passent leurs étés à cueillir des pêches dans leur exploitation à Alcarràs, un petit village de Catalogne. Mais la récolte de cette année pourrait bien être la dernière car ils sont menacés d’expulsion. Le propriétaire du terrain a de nouveaux projets : couper les pêchers et installer des panneaux solaires. Confrontée à un avenir incertain, la grande famille, habituellement si unie, se déchire et risque de perdre tout ce qui faisait sa force…

Dans son premier et précédent long métrage, le très beau Été 93, l’Espagnole et Catalane Carla Simón racontait l’histoire d’une fillette, au déroulement épuré, centrée sur un été, qui laissait une large place au silence. Si Nos soleils (Alcarràs en vo) s’ouvre par des jeux d’enfants, ce second film prend rapidement une autre ampleur : la cinéaste fait cette fois le portrait d’une famille, on y parle (et on s’y dispute) beaucoup plus, et on assiste au basculement d’un monde que les protagonistes croyaient aussi éternel que le rythme des saisons.
C’est un récit à plus grande échelle mais on reconnaît l’attention de Simón aux choses plus ténues : les jeux de rôles des enfants et les conflits culinaires des mamies, les défis d’une fête de village ou l’amusement au bord d’une piscine. Ce sens du détail fait merveille, dans le regard que la réalisatrice porte sur les plus jeunes mais aussi sur les plus anciens. Ce sont des respirations, ce sont aussi des anecdotes qui parfois révèlent quelque chose de plus grand. Cette famille-là est vivante, ses différents membres existent à l’écran et l’écriture ne fait jamais dans la chronique pittoresque.
« On ne signait pas de contrats autrefois » se désole le clan Solé autour du patriarche, alors que cette famille de paysans est sur le point de tout perdre. Qu’est-ce qui relève des liens écrits et des liens humains ? Le film examine finement comment tout un monde menace d’éclipser un autre dans sa grande ombre. C’est une réflexion politique que la réalisatrice livre, elle qui puise ici dans sa propre expérience familiale. Avec intelligence, le film raconte comment une crise politique s’insinue dans les maisons et pèse sur les membres de la famille.

Car tout le monde est touché à son niveau dans Nos soleils : le grand-père, le père, les frères, les épouses et les mères, les ados et les enfants. Derrière la menace des champs de pêchers rasés, derrière la lutte politique, se dessine un poignant portrait familial, un lien d’abord invisible mais que la cinéaste dépeint avec profondeur. Tout le monde s’affaire à construire et détruire quelque chose en même temps dans Nos soleils. Mais lorsqu’une même chanson est chantée par différentes générations, c’est d’une émouvante transmission familiale dont il est question, mise à mal à coups de pelleteuse et d’oubli.

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