Nope

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[Cinéma] – 🎃 Soirée spéciale Halloween 🎃 – Public averti – VF – De Jordan Peele

Avec Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Steven Yeun
2h 10min / Epouvante-horreur, Thriller

Synopsis et critique : Utopia

En deux films (la révélation Get out en 2017, la confirmation Us en 2019), Jordan Peele s’est instantanément imposé dans le paysage comme le petit génie du cinéma de série B horrifique américaine, maline, efficace, et fortement dosée en contenu politique. Au débotté, on aura reconnu qu’il plaçait sous les auspices de Spike Lee son auscultation de la représentation de la question raciale à Hollywood, ou qu’il suivait les traces de John Carpenter en instillant dans des thrillers sous grande tension une critique acérée de la société américaine. Un sacré raconteur d’histoires, doublé d’un créateur hors pair d’atmosphères malaisantes – talents qu’il a consciencieusement peaufinés en artisan appliqué, participant pour la télé à la résurrection de la Quatrième dimension et en mettant sa patte, pour le meilleur, sur la série Lovecraft Country. Et si Nope, troisième long-métrage de Peele, reprend les ingrédients qui ont fait le succès des deux précédents, c’est à cette dernière expérience télévisuelle gentiment hallucinée qu’il fait surtout songer – tant par sa construction labyrinthique que par la nature et la forme monstrueuse que prend la menace extra-terrestre, comme échappée de l’univers de Chtulhu pour venir planer sur le ranch familial des Haywood, en plein désert californien, et assombrir le destin de nos héros. Mais n’anticipons pas.

Chez les Haywood, on dresse des chevaux pour le cinéma de père en fils – et en fille – depuis un tas de générations. Autant de générations qu’il en faut pour avoir vécu la naissance du septième art. Comme ils aiment à le rappeler, si la toute première succession de photos réalisée par Eadweard Muybridge pour décomposer (et reproduire) un mouvement représentait un cheval monté par un cavalier noir, il est n’est que justice de rappeler que ce cavalier était justement leur arrière-arrière-arrière (arrière?) grand-papa Haywood. Ce n’est pas rien, et ça claque comme carte de visite pour vendre son savoir-faire de dresseur aux tauliers des studios d’Hollywood. À un jet de pierre du ranch Haywood, leur plus proche voisin, Ricky « Jupe » Park, ancien enfant-star asiatique de sitcom reconverti dans l’artisanat de divertissement, a édifié un mini-parc d’attraction dédié au western et accueille bon an mal an ce qu’il faut de visiteurs pour faire vivoter son petit business. La modélisation 3D et les trucages numériques revenant moins cher que l’emploi de dresseurs d’animaux, les affaires des Haywood sont peu florissantes, et les chevaux du ranch, faute de tournages, trouvent régulièrement à s’employer dans le parc d’attraction. Par ailleurs, quelques décennies plus tôt, la sitcom dans laquelle Ricky Park s’est rendu célèbre a été suspendue après qu’un chimpanzé, devenu fou, a massacré l’équipe technique, traumatisant à jamais le petit comédien.
Il arrive enfin qu’un jour, le père Haywood succombe, frappé par une pièce de métal sous une pluie inopinée d’objets plus ou moins tranchants tombés du ciel, au milieu de son coral. Bon gré mal gré, ses grands enfants doivent reprendre l’activité familiale. Autant la cadette, Emerald Haywood, est exubérante et fonceuse, autant son frère Ottis Jr est taiseux et rétif au mouvement. Mais d’étranges nuages s’amoncèlent dans le ciel californien, surtout un, juste derrière la colline qui sépare d’ailleurs le ranch du parc d’attraction. En même temps que d’étranges événements surviennent, qui vont mettre les certitudes de cette petite communauté à rude épreuve et révéler Emerald et O.-J. à eux-mêmes.

On ne peut décemment pas en raconter plus. Le scénario de Nope semble tortueux, prend moult détours inattendus, mélange hardiment les genres, mais se dénoue de la façon la plus simple du monde. Jordan Peele mêle l’humour noir de Get out, la satire mordante de Us et le spectaculaire de Lovecraft Country, convoquant, outre Carpenter et Spike Lee, l’héritage de Spielberg pour livrer une audacieuse relecture des « Dents du ciel » – et signe assurément avec Nope son film le plus ambitieux.

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