L’innocent

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[Cinéma] – De Louis Garrel

Avec Roschdy Zem, Anouk Grinberg, Noémie Merlant
1h 40min / Comédie

+ L’immoral – 2021/FR/4mn (court métrage précédant le film)

Synopsis et critique : Utopia

Depuis ses débuts derrière la caméra – et singulièrement son précédent film, l’étonnante fable écolo La Croisade – on ne peut que reconnaître à Louis Garrel un vrai talent de réalisateur pour trousser de jolis moments de comédie, ponctuer d’éclats de rire sincères et efficaces des films plutôt légers mais à haute teneur en mélancolie. Il lui manquait d’une part de se défaire du petit milieu bourgeois parisien qui servait de cocon confortable à ses histoires, d’autre part de se colleter frontalement avec une vraie, une simple, une pure comédie, de bout en bout débridée. Bonne nouvelle : c’est chose faite et fort bien faite avec L’Innocent, un étonnant deux-en-un parfaitement jubilatoire situé dans la bonne ville de Lyon – dans un milieu ignorant superbement les usages en cour(s) dans les beaux quartiers parisiens –, qui révèle, outre la capacité de Garrel d’écrire (et mettre en scène, et diriger) une comédie policière et romantique de haut niveau, le talent comique insoupçonné d’une palette de comédiens qu’on n’attendait pas vraiment dans ce registre. À commencer par Noémie Merlant, jusqu’ici essentiellement cantonnée au drame sentimentalo-pessimiste et dont l’abattage joyeux est franchement revigorant. Comédie policière (certes), comédie de remariage (aussi), comédie romantique (tant qu’à faire), comédie familiale (y’en a un peu plus, je vous le mets quand même ?), Louis Garrel et ses co-scénaristes – dont le romancier Tanguy Viel – n’ont pas voulu choisir et se sont amusés à superposer en autant de strates les codes de ces différents genres – et en ont malicieusement emberlificoté les ressorts comiques. Résultat : on est balotté avec ravissement de rebondissement en rebondissement, on rit, on s’émeut (un peu), on en redemande.

« C’est plus une prison, c’est un club de rencontres ! » Abel (Louis Garrel) ne décolère pas. Pour la troisième fois en dix ans, sa mère, prof de théâtre en milieu carcéral, s’est éprise d’un taulard. Pire : Sylvie (Anouk Grinberg) épouse Michel (Roschdy Zem) la veille de sa libération. Alors que les tourtereaux s’affairent à leur projet de magasin de fleurs, Abel soupçonne son beau-père tout neuf de vouloir revenir aux affaires – celles des truands, s’entend…
S’inspirant de son histoire – lorsqu’il avait 18 ans, sa mère, la comédienne Brigitte Sy, a effectivement épousé un détenu –, Garrel se coud un seyant costard de fiston inquiet, paralysé devant la vie depuis la mort accidentelle de son épouse. Flanqué de son amie Clémence (Noémie Merlant, donc), aussi intrépide qu’il est timoré, le voilà qui prend l’inquiétant beau-père en filature, avec la discrétion qu’on imagine.

Au-delà d’une mise en scène d’une belle ampleur et de mille détails amusants et / ou tendres, L’Innocent séduit par l’épaisseur de son quatuor vedette, parfaitement attachant, et par son principe d’en appeler à la fiction pour atteindre la vérité des sentiments. Lors d’un braquage, Abel et Clémence doivent feindre une dispute de couple pour détourner l’attention de la proie. Les répétitions, dirigées par Michel et un vieux complice gouailleur, ont déjà donné lieu à un moment savoureux en mode Actor’s Studio – « Utilise ta mémoire émotionnelle ! » Et l’exécution du plan, soudain, fait tomber les masques sous couvert de mensonge. Procédé classique, mais joli, très joli. (avec l’aide involontaire de Marie Sauvion, Télérama)

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