Le Poirier sauvage

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Cinéma – VOST – Tout Public – Film de Nuri Bilge Ceylan

Avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yıldırımlar
Genre Drame
Nationalités français, turc, allemand, bulgare
Date de sortie 8 août 2018 (3h 08min)

Synopsis et critique :
Après le magnifique Winter sleep, Nuri Bilge Ceylan nous offre ce qu’il faut bien appeler un nouveau chef d’œuvre. Une fresque familiale intimiste d’une ampleur inégalée, d’une richesse, d’une complexité, d’une profondeur inépuisables, d’une beauté visuelle renversante. Alors oui ça dure trois heures, oui c’est très dialogué, oui ça demande un effort d’attention et de disponibilité de la part du spectateur, mais c’est peu de dire que ça vaut le coup !

« Qu’il filme un procureur et un médecin à la recherche d’un cadavre introuvable (Il était une fois en Anatolie, 2011), un comédien-hôtelier vaniteux, soudain contesté par sa sœur et sa jeune femme (Winter Sleep, 2014) ou, ici, un jeune homme, lentement amené à ressembler à un père qu’il croit mépriser, Nuri Bilge Ceylan peint des fresques. D’une ampleur presque anachronique en un temps où il faut être bref, où l’esquisse tient lieu de psychologie et où l’imaginaire s’estompe sous la vérité factice des faits divers.
Le cinéaste turc, lui, mise sur la durée. Et c’est cette durée qui lui permet de saisir, comme dans les romans d’apprentissage de jadis, ceux de Tolstoï ou de Stendhal, le destin fluctuant et l’évolution progressive de personnages en butte à eux-mêmes, à la vie qu’ils mènent, à celle que la société leur fait mener.
Sinan vient de terminer ses études. Jadis, pour se sortir de sa condition, Julien Sorel avait le choix entre « le rouge et le noir » – l’armée ou la prêtrise. Lui, ce serait entre l’enseignement et la littérature. Mais, à condition même de réussir un concours complexe qu’il s’apprête à rater, 300 000 apprentis profs attendent déjà un poste. Quant à ce qu’il écrit, nul n’en veut : personne ne s’intéresse à ses émois devant la culture populaire, ou à la beauté d’un arbre noueux et ratatiné, le poirier sauvage du titre. Non : le voilà bon pour le service militaire, qu’il attend avec une angoisse mêlée de résignation.
Revenu dans son village natal, Sinan fait des rencontres. La fille merveilleuse qui osait tout affronter, autrefois, et qui, ça y est, a rendu les armes : prête à épouser un bijoutier qui la rendra riche et malheureuse. « Tout ça… la vie… semblait à notre portée. Elle est si loin de nous, désormais » dit-elle. Au téléphone, Sinan parle avec un copain, devenu flic anti-émeute qui apaise son stress en tapant comme un forcené sur les manifestants. Sa route croise, aussi, celle d’un ami, devenu rabbin, avec qui il discute – et ce n’est pas simple – sur l’infaillibilité du Coran.
Et surtout le voilà confronté à son père, prof presque retraité, devenu joueur invétéré, au point d’emprunter sans jamais rendre, au point de voler, peut-être, au risque de déshonorer les siens… Comment pourrait-il concevoir que ce père réprouvé, crânant du mieux qu’il peut pour masquer sa déchéance, ait pu être, jadis comme lui : ardent et fou d’espoir. Il le réalise, pourtant, insensiblement. Et c’est comme si, alors, leurs deux désillusions se rejoignaient, se répondaient, se complétaient…

Entrecoupé de longues parenthèses et de plans magiques, le film se resserre, en définitive, sur ce père dévoyé et ce fils qui le deviendra, sans doute : la déraison étant la seule façon de survivre dans la Turquie d’aujourd’hui…
Le Poirier sauvage est un film hors norme, qui nous transporte par sa maîtrise, son lyrisme, son audace tranquille (on songe au discours contradictoire des imams zigzaguant sur un chemin escarpé). Voir un cinéaste, au sommet de son art, construire ainsi, de film en film, une œuvre que l’on sait, désormais, importante, donne le frisson. » (d’après Télérama, Festival de Cannes 2018)

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