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[Cinéma] VF – De Fanny Liatard, Jérémy Trouilh

Avec Alséni Bathily, Lyna Khoudri, Jamil McCraven
23 juin 2021 en salle / 1h 38min / Drame

+ Enough – 2017/GB/2min (court métrage précédant le film)

Synopsis et critique : Utopia

Si le soleil avait rendez-vous avec la lune, ce serait dans les yeux de Youri, au cœur de la monumentale barre d’immeuble qui constitue son seul univers : l’emblématique cité Gagarine, née en 1963, à l’âge d’or de la ceinture rouge, quand le communisme aspirait à construire un monde solidaire meilleur. Tout alors y était flambant neuf, offrait des commodités inégalées dans les mémoires populaires. Pensez-donc : l’eau courante, l’électricité, le confort moderne ! L’ascenseur social promettait de fonctionner à plein, à l’instar de celui de chaque immeuble. Le premier homme à avoir volé dans l’espace, le fameux Youri Gagarine, en véritable star, venait inaugurer en grande pompe les bâtiments baptisés de son nom.

Mais notre action se déroule en 2019 et de cette gloire passée, il ne reste que le patronyme du fameux cosmonaute soviétique dont Youri a hérité un prénom qui le prédestine à poursuivre d’inaccessibles étoiles. Peut-être est-ce de là qu’il tient sa merveilleuse capacité à rêver plus grand que lui-même, bien au-dessus de sa condition. Car objectivement, s’il est un avenir bouché, c’est bien celui de cette jeunesse de banlieue pour laquelle la notion de « plein emploi » n’est plus qu’un pauvre mirage mité. L’ascenseur social s’est déglingué en même temps que ceux des habitats devenus vétustes, la fermeture des usines. Pourtant, quand il est question qu’on détruise ces presque ghettos couleur rouille, sans avenir, la rébellion gronde. Notre adolescent à gueule d’ange, bâti comme un spationaute, se sent soudain investi d’une impérieuse mission, celle du dernier espoir : sauver ces barres menacées par les bailleurs sociaux, la politique de la ville. Vaste programme dont on ne donnerait pas cher si l’on ne découvrait pas rapidement la pugnacité de notre héros. Contre toute attente, Youri va même entraîner quelques braves âmes dans son sillage et démontrer sa capacité à inventer une forme de résistance non violente, diablement généreuse, incroyablement astucieuse. S’il suffisait après tout d’un bon ravalement de façade à Gagarine pour revaloriser ses beaux restes, cette chaleur humaine qui l’habite, ce lien social tissé depuis plus d’un demi-siècle ? On a envie de se piquer au jeu, de croire qu’une fois de plus David et sa fronde triompheront de Goliath et du temps assassin.

Si la plupart des adultes regardent ses efforts désespérés de façon désabusée, Houssam le meilleur ami de Youri et Diana, une jolie gitane, vont le suivre dans son entreprise. Les voilà prêts à troquer leur farniente contre tournevis, pinceaux, matériaux pour retaper tout ce qui pourra l’être et bluffer les enquêteurs venus faire un rapport destructeur scellant le sort du quartier… Toujours est-il que l’on s’attache aux personnages et à leur sort. Nous voilà prêts à partir en orbite dans le sillage de Youri, en oubliant tout principe de réalité. Les prises de vue somptueuses y contribuent largement. Elles accompagnent langoureusement le fol espoir et les premiers émois amoureux de notre jeune héros, son refus absolu de se résigner. C’est d’une fraîcheur vivifiante, d’une folle poésie qui invente son propre langage et va nous faire planer loin au-dessus des vicissitudes de la vie.

Un premier film formidable réalisé à quatre mains, porté par de jeunes acteurs puissants, plein de grâce, de vie et de douceur qui interdisent tout misérabilisme. S’y mêlent quelques souvenirs nostalgiques égrenés sur un ton doux et joyeux, des envolées romantiques portées par les notes subtiles et évanescentes du thérémine, étrange instrument électronique inventé en Russie.

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