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[Cinéma] VOST – De Viggo Mortensen (US)

Avec Viggo Mortensen, Lance Henriksen, Terry Chen
19 mai 2021 / 1h 53min / Drame

Synopsis et critique : Utopia

« Longtemps j’en ai voulu à mon père ». Ces quelques mots qui évoquent certainement beaucoup de choses chez beaucoup d’entre vous pour des raisons diverses, pourraient être le mantra que se répète le personnage incarné par Viggo Mortensen. Parce que bien sûr, la vie aidant, cette rancœur vacille, s’amenuise, se perd, jusqu’à ne devenir que le souvenir d’un état et en l’occurence d’une vérité qui ne veut plus rien dire. Pour sa première réalisation, l’acteur qu’on ne présente plus – même s’il est extrêmement tentant de faire défiler les titres des films dans lesquels il nous a surpris, émus, effrayés, qu’il soit le petit frère fracassé par la guerre du Vietnam dans le premier film d’un autre jeune acteur emblématique, le père de famille refusant les règles de la société consumériste qui élève ses enfants en marge de tout ce qui la caractérise, le flic russe infiltré chez les redoutables vory v zakone ou tout récemment le chauffeur – garde du corps brut de décoffrage d’un virtuose noir dans l’Amérique raciste des années 60 – met en scène, avec une grande subtilité et une élégance qui lui ressemble, les rapport difficiles entre un père qui se rapproche inexorablement de la démence et son fils qui, malgré les blessures du passé, tente de lui venir en aide.

John vit en Californie avec son compagnon Eric et leur fille adoptive Monica, loin de la vie rurale conservatrice qu’il a fuie voilà des années. Son père, Willis, un homme obstiné issu d’une époque révolue, s’acharne à rester dans sa ferme isolée du Nord-Est des États-Unis. Mais le temps est venu où le vieil homme ne peut raisonnablement plus vivre seul aussi loin de son fils et de sa fille. John décide donc de le ramener avec lui en Californie, dans l’espoir qu’il pourra, avec sa sœur Sarah, trouver au récalcitrant vieillard un foyer proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

Pour nous raconter cette histoire somme toute ordinaire, Viggo Mortensen déroule son récit entre présent et passé, reconstruisant peu à peu le parcours de la famille, et mettant en exergue les moments qui l’ont fait voler en éclats. On comprend alors la relation complexe que John entretient avec son père et les difficultés que ce dernier éprouve à accepter la main tendue.

Servi par des acteurs formidables, filmés avec attention et sensibilité par Mortensen, Falling est un film bouleversant, qui enchevêtre habilement les épisodes d’une grande dureté émotionnelle avec de purs moments de tendresse filiale. La prestation de Lance Henriksen en vieillard acariâtre, frappé d’une forme de syndrome de La Touerette qui lui fait dire des insanités, qui par moments ne sait plus dans quelle époque il vit, ni laquelle de ses femmes il traite de trainée, ni tout simplement où il se trouve, est remarquable de justesse. Face à lui Viggo Mortensen redevient le petit garçon rentrant de la chasse aux côtés de ce père à qui il vouait un amour sans borne, sans savoir que cette affection qui lui semblait invincible ne résisterait pas au temps qui passe, à la vie qui va.

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