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[Cinéma] VF – De François Ozon

Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge
Nationalités français, belge
14 juillet 2020 / 1h 40min / Drame

Synopsis et critique : Utopia

Il y a du Rimbaud dans la bouille d’Alexis, pardon, Alex, il préfère. Il n’aime pas son prénom. Le cheveu blond en bataille, le tee-shirt sans manches, accro à la musique de The Cure, Rod Stewart… qu’il écoute sur son baladeur à cassettes… nous sommes en 1985 et les vacances commencent à peine tandis que rien de très clair ne s’annonce pour l’année qui suit : continuer ses études comme le lui conseille son perspicace prof de lettres, qui lui devine un brin de talent pour l’écriture ? Son père docker le pousserait plutôt à plonger dans la vie active… Quant à sa mère – « pourvu que tu sois heureux ! » – elle le couve de sa bienveillance…

Cet après-midi-là, son copain Chris n’est pas dispo pour une balade en mer, mais il lui prête son petit voilier. A peine au large, Alex, tout à sa musique et au plaisir de se laisser aller à la caresse du soleil, entend trop tard l’orage qui approche, panique et, maladroit, se retrouve à la flotte, quille en l’air… Heureusement pour lui un voilier guère plus gros rapplique… David a deux ans de plus, mais il assure et, en le moquant un peu, ramène Alex à terre, puis l’entraine chez lui, remplace ses fringues mouillées tandis qu’il barbote dans un bain chaud…
Si Alex est novice côté cœur, David a visiblement plus d’expérience, et il trouve bien à son goût ce jeune éphèbe un peu incertain qui se laisse subjuguer par une assurance qui lui en impose et qui le trouble, sans qu’il cherche à résister à l’exultation des sens qui l’emporte… Ils vont faire les fous en boite, des virées en moto, ils vont s’aimer… La très charmeuse et envahissante mère de David, trop contente que son fils ait trouvé un ami, manifeste sa satisfaction avec un poil d’ambiguïté, facilement familière… Orphelin depuis peu, David a laissé sans regret ses études et travaille avec elle dans la boutique de matériel marin léguée par le père disparu…
Dans la fulgurance de cet été tout neuf, Alex, fasciné, s’abandonne totalement à ce qui devient vite un amour possessif et jaloux. David est plus joueur, plus volage sans doute, nullement prêt à se laisser enfermer dans une relation exclusive…
C’est donc l’été 1985 et dès le début du film on est frappé par le grain des images, qui semblent nous arriver du passé, elles ont le chaud parfum du souvenir, d’une histoire embellie par le temps, d’un retour sur les premières émotions amoureuses qui s’imposent comme une évidence et personne ne semble s’interroger une seconde sur les interdits d’une époque pourtant pas toujours lumineuse…

À l’origine du film, il y a un roman anglais, lu par François Ozon alors qu’il avait l’âge d’Alex et commençait à réaliser des courts métrages : « Trente-cinq ans plus tard, après Grâce à Dieu, j’ai relu le livre par curiosité et j’ai eu un choc, car j’ai réalisé que beaucoup de scènes ou de thèmes du livre, je les avais déjà filmés… Ce livre que j’avais lu adolescent avait nourri mon imaginaire, mais je n’avais jamais fait le lien… Dans ce film, il y a à la fois la réalité du livre et mon souvenir de ce que j’ai ressenti en le lisant ».
Sans doute il fallait que le temps passe pour que cette histoire d’amour s’inscrive dans un contexte où chaque personnage, même secondaire, existe, pour que le regard de l’adolescent d’alors s’enrichisse du recul d’un auteur talentueux qui a muri et pose un regard bienveillant sur ses émotions adolescentes. François Ozon réalise ainsi un de ses plus beaux films, maitrisé de bout en bout, profondément sincère et émouvant, porté par deux jeunes acteurs formidables.

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