Couleurs de l’incendie

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[Cinéma] – VF – De Clovis Cornillac – Adaptation de Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre, suite de la saga initiée par Au revoir là-haut.

Avec Léa Drucker, Benoît Poelvoorde, Alice Isaaz
2h 16min / Historique, Drame

Synopsis et critique : Utopia

Le cinéma français n’est pas si riche en grandes fresques romanesques pour que l’on boude notre plaisir ! Surtout quand on trouve au scénario de Couleurs de l’incendie la plume incomparable de Pierre Lemaître, adaptant son roman éponyme, suite d’Au revoir là-haut, adapté à l’écran avec un succès retentissant par Albert Dupontel – Pierre Lemaître a achevé sa trilogie en 2020 avec Miroir de nos peines. Dans un genre certes plus classique que celui de Dupontel, Clovis Cornillac a repris le flambeau derrière et devant la caméra, et nous plonge dans la France des Années Folles finissantes, en 1929. La scène d’introduction nous présente Madeleine Péricourt (Léa Drucker) – personnage déjà présent dans Au Revoir là-haut sous les traits d’Émilie Dequenne – dont le père, grand banquier d’affaires, vient de mourir. Dans la cour d’honneur de l’immense hôtel particulier de la famille Péricourt, le tout Paris en deuil se presse. Mais Paul, le jeune fils de Madeleine, est introuvable. Son précepteur parcourt en vain les multiples pièces de la demeure et ne peut empêcher que se produise l’impensable, l’inexplicable : le garçonnet se jette d’une fenêtre sur le cercueil de son grand père. Sa chute le laissera paralysé. Madeleine, dévastée, va se retrouver seule pour gérer l’immense héritage convoité tant par son oncle Charles (Olivier Gourmet), député idiot et corrompu, que par son fondé de pouvoir Joubert (Benoît Poelvoorde), qui espère l’épouser et qu’elle va rejeter, provoquant ainsi une rancœur amoureuse destructrice. Tandis que le Krach américain menace l’économie française, la jeune femme va faire l’objet d’une machination qui va la ruiner et enrichir les hommes qui étaient supposés la soutenir… Quatre ans plus tard, Madeleine, désormais femme modeste installée dans un deux pièces, va fourbir sa vengeance avec l’aide de son ancien chauffeur Dupré (Clovis Cornillac)…

Le récit de cette vengeance est remarquablement construit, et devient assez jubilatoire au fur et à mesure que le piège se referme sur les salauds qui ont cru détruire Madeleine. Mais Couleurs de l’incendie brosse aussi une grande fresque sur une époque. Le film décrit bien cette France bourgeoise de la Troisième République, finalement très proche du xixe siècle balzacien, où, comme dans Eugénie Grandet, la cupidité et l’appât du gain passent au dessus de l’amour familial et de la compassion naturelle, avec ses politiciens corrompus, ses petites gens poussés par la précarité au vol ou à la trahison. Mais où d’autres (à l’exemple de Dupré, le chauffeur fidèle) ont une conscience de classe, marquée par la dignité et la loyauté. Un monde où la presse aussi est corrompue (et on pense là encore à Balzac, en l’occurence à Illusions Perdues adapté récemment par Xavier Giannoli), un monde profondément sexiste où la femme est dévolue au mariage ou aux jeux de la séduction et n’a quasiment aucune chance de prendre en main son destin. Un monde – c’est ce qu’on voit dans la deuxième partie du film – qui s’apprête à succomber à la menace fasciste…

Si le film est prenant et convaincant, il le doit beaucoup à la composition remarquable de tous ses comédiens. On ne citera que Léa Drucker, parfaite entre dignité et lucidité implacable, Olivier Gourmet, génial de grossièreté bourgeoise, et Benoît Poelvoorde, formidable méchant entre ambiguïté et veulerie.

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