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[Cinéma] VF – Tout public – Film de Joachim Lafosse

Avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín
Genres Drame, Aventure
Nationalités français, belge
Date de sortie 23 janvier 2019 (1h 24min)

Synopsis et critique :
C’est un road-movie intime dans les paysages renversants de beauté du Kirghizigstan. Tout comme dans certains westerns, plus la grandeur de la nature s’impose, magistrale, plus l’attention peut se concentrer sur les personnages, petits points dérisoires, obligés de se rapprocher pour ne pas être happés par plus grand qu’eux. C’est un film peu bavard, qui démarre dans une colère rentrée et qui part à la conquête d’une improbable réparation. Pas besoin de grandes phrases qui analysent pour pressentir les choses, ni même pour les raconter. On est dans un univers parfois froid, mais toujours charnel, épidermique. Le scénario tire toute sa force d’un duo d’acteurs magnifiques, capables de nous faire prendre des steppes arides pour le paradis terrestre. Virginie Efira, en mère borderline, Kacey Mottet Klein, en fils réfractaire, nous font oublier progressivement tout ce qui ne tient pas à leurs personnages. Ils imbriquent dans leur jeu tout en nuance un mélange de maturité, de force physique et de fragilité enfantine.

Tout part d’une idée saugrenue, d’une ultime tentative pour rattraper les erreurs de la vie. Sybille, qui n’a pas beaucoup vu ni élevé son fils Samuel quand il était petit (on le découvrira progressivement) lui impose, aujourd’hui qu’il a une vingtaine d’années, un voyage à deux, loin de la civilisation, loin d’un entourage violent et des conneries à répétition qui semblent le conduire tout droit vers les geôles de la république.
Les voilà au pied du mur, ou du moins des montagnes, avec leurs deux chevaux. D’emblée Samuel tire la gueule, se conduisant de façon odieuse avec sa daronne et par ricochet envers leurs charmants hôtes kirghizes qui s’efforcent de les mettre en garde : les montagnes sont peu sûres. Mais seule Sybille qui parle russe comprend l’avertissement et le garde pour elle. Sa détermination glace les sangs. Son besoin soudain de jouer les mère courage, au détriment de la sécurité de son fils, n’a rien de rassurant et paraît même passablement irresponsable. Mais que sait-on de cette femme, de ses rêves, de son aptitude à être mère ?
En selle, les tentes et un nécessaire de survie dans le dos, les voilà chevauchant seul vers un futur incertain. Entre eux, peu de mots. Des regards en coin : ceux inquiets et tendres ou parfois agacés de Sybille ; ceux révoltés et furieux de son fils. L’un et l’autre s’épient, s’attirent, se repoussent intuitivement, tel des aimants victimes d’eux mêmes. Elle regardant avec étonnement le fruit de ses entrailles qui se transforme en homme sous ses yeux. Lui regardant sa génitrice, troublé comme si sa douce fragilité, sa féminité étaient indésirables et indécentes chez cette maman improvisée. Tout est suggéré au détour d’un café, d’un précipice, d’un bain de boue imprévu. Le soir à la veillée, ils se retrouvent autour du feu dans un face-à-face silencieux. Lui tel un autiste se repliant entre ses écouteurs, elle écrivant inlassablement sur son journal intime, tandis que leurs chevaux, prisonniers de ces cavaliers atypiques, perdus au milieu de nulle part, attendent une caresse, un geste rassurant. On n’a plus qu’une envie, celle de venir se lover sous leurs crinières chaudes comme si elles recelaient tout ce qui nous reste d’humanité !

Tout est ici comme une chute en avant, un voyage initiatique sans retour. On a beau trébucher, tomber, douter, avoir envie de hurler, on sait juste qu’il n’y a plus d’autre choix que de boire le calice jusqu’à la lie, se redresser, avancer, continuer…

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