Bacurau

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[Cinéma] VOST – Interdit au moins de 12 ans – Film de Kleber Mendonça Filho, Juliano Dornelles

Avec Sônia Braga, Udo Kier, Barbara Colen
Genres Drame, Thriller, Western
Nationalités Brésilien, Français
Date de sortie 25 septembre 2019 (2h 10min)

Synopsis et critique :

Bacurau serait un petit village perdu du Sertão, région pauvre et aride aux confins de Nordeste du Brésil – « d’ici quelques années » est-il mystérieusement précisé en ouverture du film… Bacurau, c’est aussi, en portugais, le nom de l’engoulevent, cet oiseau de nuit aussi doué pour se camoufler et disparaître qu’agressif lorsqu’il est en danger. Le jour où la petite communauté de Bacurau enterre sa matriarche Carmelita, qui s’est éteinte à 94 ans, est aussi celui du retour de Teresa, sa petite fille, qui revient de la ville pour ravitailler en vaccins la femme médecin du village – laquelle noie rageusement son chagrin dans l’alcool, à moins que ce ne soit sa rancœur pour la disparue. Parallèlement au deuil, on observe d’étranges phénomènes à Bacurau : sous la discrète surveillance de sortes de drones inquiétants, les coordonnées GPS s’effacent, le village disparaît des cartes, les morts se multiplient tandis que d’étranges touristes à moto font leur apparition…

Mélange de chronique sociale à forte teneur ethnographique et de fable politique emprunte de poésie et de merveilleux, aux lisières du fantastique, Bacurau nous replonge avec ravissement dans l’univers baroque des nouvelles de Gabriel García Márquez ou des récits plus âpres de Luis Sepúlveda. « Bacurau, si tu y viens c’est en paix », indique une pancarte à l’entrée du village. L’air y est sec et brûlant. La pénurie d’eau, organisée par le gouvernement, menace la survie des habitants. Les rares routes qui y mènent, défoncées et parsemées de cercueils éventrés, ne se trouvent pas forcément sur les cartes. La communauté y est indéfectiblement soudée mais profondément marquée par des conflits immémoriaux. Les enterrements y ont des airs de fête et les fêtards y tirent parfois des têtes d’enterrement. Les intrusions de la modernité (téléphones portables, ordinateurs, drones…) y semblent curieusement anachroniques, comme égarés dans le décor sans âge d’un western. Un député ne s’y aventure, avec un barnum de foire et un clientélisme grossier, que le temps d’y assurer (croit-il) sa réélection. Des cangaçeiros, mythiques bandits de grands chemins apparus justement dans le Sertão au milieu du xixe siècle, révoltés contre les propriétaires terriens et le gouvernement corrompu, écument la région, invisibles, insaisissables…
Surtout, Bacurau est, sinon dirigé, du moins emmené par ses femmes, médecins ou prostituées, qui détiennent la mémoire des luttes passées – et les moyens, armes, potions magiques – d’en mener de nouvelles. Et la petite communauté va avoir fort à faire pour contrer les perfidies des politiciens, affairistes véreux, qui veulent la spolier de ses terres au profit d’obscures intérêts nord-américains.

Œuvre éminemment politique, Bacurau dresse le portrait d’un collectif irréductible menacé de disparition qui résiste avec force et détermination à l’envahisseur. Pour cette superbe relecture des Chasses du Comte Zaroff, classique des classiques du cinéma fantastique, mâtinée de références explicites aux films de John Carpenter, Kleber Mendonça Filho, qui a stupéfié avec l’impeccable Aquarius, partage la réalisation avec Juliano Dornelles, son complice depuis 14 ans et directeur artistique de ses deux précédents films. Le résultat est une parabole furieuse sur la façon dont les Riches – très clairement les États-Unis de Trump – considèrent les territoires du sud comme leur possession, leur vivier, leur terrain de jeu naturel. Un conte d’anticipation (qui anticipe de très peu), beau et malin, qui va chercher dans le futur son actualité brûlante, son énergie tout entière tournée vers le combat contre l’extrême-droite qui vient, avec Bolsonaro, d’arriver au pouvoir au Brésil. Splendide, jubilatoire et indispensable.

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